L'ombre de la controverse \n\nOn pensait que ces traces n'étaient que les suintements naturels de l'oxyde de fer, un simple accident géologique sans âme. Pendant près d'un siècle, le dossier est resté classé, balayé par le scepticisme des chercheurs qui, en 1928, contestaient la vision initiale du professeur William Sollas et de Henri Breuil. Mais le débat vient de se rouvrir avec une force qu'on n'osait plus espérer. L'étude publiée récemment dans la revue Quaternary par George H. Nash et son équipe confirme que ces onze lignes rouges ne sont pas l'œuvre de la nature, mais bien celle de mains humaines.\n\n## Une trace indélébile de l'hématite\n\nL'analyse technique a permis de lever le voile sur la matérialité de ces marques. Entre 2022 et 2024, des expéditions ont utilisé des outils de pointe comme la spectroscopie ATR-FTIR et la micro-Raman pour décrypter la composition de ces pigments. Les résultats sont sans appel : il s'agit d'une peinture composée d'hématite, un oxyde de fer naturel provenant probablement du fond de la grotte, mêlée à des résidus d'argile. L'examen des images numériques, rehaussées par l'algorithme D-Stretch, montre des points et des éclaboussures qui trahissent une application au doigt, créant un motif horizontal délibéré et structuré.\n\nLa précision de la datation vient sceller cette découverte. En appliquant la méthode uranium-thorium à la croûte calcaire ayant recouvert les pigments, les chercheurs ont établi un âge minimum de 17 100 ans. Ce chiffre place ces marques bien avant le renne gravé de la grotte de Cathole, daté de 14 500 ans, faisant de Bacon Hole le site d'art rupestre le plus ancien de Grande-Bretagne et du nord-ouest de l'Europe.\n\n## Des marqueurs de vie dans un monde en dégel\n\nCes lignes rouges ne sont pas de simples décorations ; elles témoignent de la présence humaine dans un paysage en pleine mutation. À l'époque, la région autour du canal de Bristol était un plateau fertile encore marqué par le dégel glaciaire. Ce milieu accueillait une faune abondante - mammouths, bisons, chevaux et rennes - attirant des chasseurs-cueilleurs qui utilisaient les centaine de grottes de la péninsule de Gower comme abri.\n\nL'interprétation de ces œuvres reste un terrain de réflexion fertile. George H. Nash suggère que le terme "art" pourrait être anachronique pour décrire ce geste. Ces marques pourraient être un système de communication, des signes de décompte ou une pratique rituelle. La localisation même des traces, dans la chambre profonde et obscure de la grotte, laisse supposer que l'obscurité était une composante essentielle de l'expérience symbolique vécue par ces populations.\n\n## Le prochain saut de la connaissance\n\nSi la nature des marques est désormais établie, une question demeure : qui étaient réellement ces mains qui ont tracé ces lignes ? C'est ici que la science ouvre une voie vertigineuse. Des recherches récentes démontrent qu'il est désormais possible d'extraire de l'ADN humain ancien directement depuis les parois ornées de peintures rupestres, comme cela a pu être testé en Espagne et au Portugal.\n\nEn appliquant cette méthode aux pigments d'hématite de Bacon Hole, nous ne nous contenterons plus de dater un événement ; nous pourrons identifier précisément les populations qui ont créé ces œuvres. Cette transition du simple constat de présence à l'identification génétique pourrait lever le voile sur l'un des plus grands mystères du paléolithique : savoir si ces artistes appartenaient à des groupes déjà bien établis ou s'ils constituaient de nouvelles vagues de peuplement dans la région.\n\nL'histoire de Bacon Hole n'est pas seulement une affaire de pigments et de calcaire, elle est le prélude à une rencontre intime avec nos ancêtres par le biais du code génétique.
Références
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L'ADN issu de peintures rupestres peut-il nous révéler qui étaient les artistes ? atlantico.fr • 2026-08-11 https://atlantico.fr/article/decryptage/adn-issu-de-peintures-rupestres-peut-il-nous-reveler-qui-etaient-les-artistes-ancetres-mystere-histoire-culture Et si l’ADN retrouvé sur les parois des grottes pouvait nous rapprocher des mystérieux artistes de la Préhistoire ? Des chercheurs viennent de démontrer qu’il est possible d’extraire de l’ADN humain ancien directement depuis des sites d’art rupestre. Une avancée fascinante qui po
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On pensait que ces traces étaient naturelles depuis près d'un siècle - une étude suggère qu'il pourrait s'agir du plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne, peint il y a 17 100 a www.science-et-vie.com • 2026-08-31 https://www.science-et-vie.com/science-et-culture/on-pensait-que-ces-traces-etaient-naturelles-depuis-pres-dun-siecle-une-etude-suggere-quil-pourrait-sagir-du-plus-ancien-art-rupestre-de-grande-bretagne-peint-il-y-a-17-100-ans-242906.html Des lignes rouges peintes il y a 17 100 ans dans une grotte galloise constituent le plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne.