L'archéologie du colonialisme : une lecture de l'intérieur

Au-delà des récits européens, l'archéologie révèle une histoire complexe des dynamiques de pouvoir en Afrique. Un décryptage des nouvelles perspectives offertes par la revue Azania sur le colonialisme interne et externe.

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L'archéologie du colonialisme : une lecture de l'intérieur

L'histoire du continent est trop souvent racontée comme un récit de dépossession subi, une longue marche forcée imposée par les puissances d'outre-mer. Pourtant, si l'on s'appuie sur les traces matérielles que la terre nous restitue, le tableau se complexifie radicalement. La revue Azania vient justement de publier un numéro spécial qui renverse notre regard : elle ne se contente pas d'étudier le colonialisme venu de l'extérieur, mais explore une histoire du pouvoir pensée et pratiquée depuis l'Afrique même.

Dépasser le récit de la domination européenne

Le prisme classique nous ramène systématiquement à la « ruée vers l'Afrique » des XIXe et XXe siècles. On nous parle de la Belgique, de la Grande-Bretagne ou de la France comme des forces motrices uniques ayant tracé des frontières, construit des chemins de fer pour l'extraction ou érigé des structures administratives et militaires. Ce récit est réel, certes, mais il est incomplet. Il occulte les dynamiques qui préexistaient à l'arrivée massive des Européens.

L'archéologie nous apprend que la colonisation a pris des formes variées bien avant cette période : expansion commerciale, partage de pratiques culturelles ou contrôle territorial par d'autres puissances. On peut citer, par exemple, l'influence de l'Empire ottoman ou des empires arabes, notamment avec la présence d'Oman qui a colonisé la côte swahilie aux XVIIIe et XIXe siècles, s'étendant de la Somalie jusqu'à Madagascar. Ces héritages ont façonné les structures sociales bien avant que les instruments de cartographie européens ne viennent fixer le temps et l'espace.

Les empires africains : une dynamique de pouvoir interne

L'un des apports majeurs du numéro spécial d'Azania est de remettre en lumière ce qu'on pourrait appeler le « colonialisme de l'intérieur ». L'Afrique a vu naître des empires dont la volonté d'expansion et d'assujettissement était tout aussi manifeste. Des dynasties comme les Almoravides dans le sud du Maroc au XIe siècle exerçaient un contrôle sur des territoires européens, brisant ainsi l'idée reçue d'une Afrique purement passive.

Ces processus de domination se manifestent par des traces archéologiques concrètes : apparition de nouveaux types d'habitats, changements dans la culture matérielle ou adoption de nouvelles religions. On pense aux empires du Dahomey en Afrique de l'Ouest, ou encore au Kouch et à l'Égypte antique en Afrique du Nord. Ces structures cherchaient à contrôler les ressources et à imposer des lois, agissant comme de véritables centres de pouvoir impériaux.

Les traces matérielles des mouvements et de la résistance

L'archéologie permet également d'étudier les dynamiques de peuplement liées à ces expansions. L'exemple de Shaka est emblématique : en transformant une petite chefferie zouloue en un État agressif, il a provoqué le Mfecane, un mouvement de populations majeur en Afrique australe. Ce processus a permis à des figures comme Soshangane de fonder l'État de Gaza dans l'actuel Mozambique, regroupant les peuples Shona et Tлога.

De même, les recherches menées sur les Mursi du sud-ouest de l'Éthiopie montrent comment des migrations à grande échelle, réalisées ces 200 ou 300 dernières années, ont façonné leur identité collective par le déplacement et l'assimilation d'autres populations. Ces études de terrain ne se contentent pas de confirmer les récits ; elles viennent parfois bousculer et questionner les histoires orales traditionnelles.

Un nouvel outil pour la justice historique

Comprendre ces dynamiques, c'est s'attaquer à une question fondamentale : à quoi ressemble la justice historique ? En étudiant tant l'expansion que la résistance - qu'elle soit par l'insurrection ou par la non-coopération, l'art ou la musique - l'archéologie offre un cadre pour réévaluer quels épisodes sont retenus et lesquels sont oubliés.

Le colonialisme n'est pas qu'un acte de domination ; c'est aussi un processus qui produit des contacts, des échanges matériels et de l'innovation. En explorant ces traces, la revue Azania nous invite à une lecture plus nuancée, où l'autonomie des processus politiques africains reprend enfin sa place dans le récit mondial.

Références

  1. Histoire du colonialisme en Afrique : l'archéologie offre une perspective plus approfondie theconversation.com • 2026-08-13 https://theconversation.com/histoire-du-colonialisme-en-afrique-larcheologie-offre-une-perspective-plus-approfondie-289646 L'archéologie constitue un moyen utile de lutter contre certains préjugés.
  2. Histoire du colonialisme en Afrique : l'archéologie offre une perspective plus approfondie afriquinfos.com • 2026-08-24 https://afriquinfos.com/histoire-du-colonialisme-en-afrique-larcheologie-offre-une-perspective-plus-approfondie/ Le Caire (© 2026 The Conversation )- Le colonialisme a été un élément central de l’histoire à travers le monde, prenant des formes différentes au fil du
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