Un manteau profond bien plus complexe que prévu
On a longtemps cru que le manteau inférieur était un domaine de relative stabilité, une masse monotone s'étendant jusqu'à la frontière du noyau. Les modèles géophysiques classiques nous laissaient penser à une structure prévisible, presque monotone. Pourtant, les récentes avancées technologiques viennent de briser cette illusion de simplicité.
Grâce à l'utilisation d'un algorithme de réseau neuronal convolutif-récurrent (CRNN) baptisé DeepScatter-PKP, des chercheurs ont pu sonder ce qui se trame à 2 900 km sous nos pieds. En analysant plus de deux millions d'enregistrements sismiques collectés entre 1990 et 2024 - incluant 4 859 séismes de magnitude supérieure ou égale à 6,0 - l'équipe menée par Yurui de l'Académie chinoise des sciences a révélé une réalité bien différente. Le manteau n'est pas un bloc uniforme ; il est parcouru par un réseau de structures géantes et continues qui tapissent la frontière noyau-manteau (CMB).
L'intelligence artificielle au service de la sismologie
La difficulté résidait dans l'exploitation des précurseurs PKP. Ce phénomène, où une onde de compression traverse le noyau externe liquide avant de remonter, permet de détecter des anomalies de densité ou de température. Là où le tri manuel était limité à quelques milliers d'échantillons, l'algorithme a extrait 174 929 précurseurs avec une précision remarquable (98,37 % pour la qualité des formes d'ondes).
Cette puissance de calcul a permis d'identifier six nouvelles régions d'empilements thermochimiques. Ces structures massives se répartissent dans l'Atlantique nord-oriental, le nord de l'Eurasie, le Pacifique nord-ouest vers l'Alaska, l'Afrique australe, le bassin sud-atlantique et le pourtour de l'Antarctique. Ce ne sont pas de simples poches isolées : elles se connectent en corridors continus de plusieurs milliers de kilomètres. On y trouve des matériaux hétérogènes comme de la croûte océanique basaltique enfouie par subduction, des sédiments marins ou encore de la roche en fusion partielle dont la température avoisine les 3 500 °C.
Des structures qui modulent notre planète
Ces empilements thermochimiques ne sont pas de simples curiosités géologiques ; ils jouent un rôle actif dans la dynamique terrestre. En divergeant fortement du manteau silicaté environnant, ces masses stratifiées perturbent localement le flux de chaleur remontant du noyau vers la surface.
Cette modulation influence directement le régime de convection du manteau et, par extension, le fonctionnement de la géodynamo qui entretient notre champ magnétique. L'existence de ces structures bordant les LLSVP (Large Low-Shear-Velocity Provinces) suggère des interactions complexes entre structures de petite et de grande échelle que nous ne pouvions jusqu'ici qu'effleurer par hypothèse. Ces zones constituent désormais des cibles prioritaires pour l'imagerie sismique de haute résolution.
Lost City : la chimie du vivant sans le soleil
Si les profondeurs du manteau nous révèlent une hétérogénéité structurelle, les fonds marins de l'Atlantique nous dévoilent une hétérogénéité chimique fascinante. À plus de 700 mètres sous la surface, à l'ouest de la dorsale médio-atlantique, le champ hydrothermal de Lost City défie nos certitudes sur l'énergie vitale.
Contrairement aux sources hydrothermales classiques qui dépendent de la chaleur du magma, Lost City est alimentée par une réaction directe entre la roche du manteau terrestre et l'eau de mer. Ce processus chimique perdurable libère de l'hydrogène et du méthane à des concentrations jusqu'à cent fois supérieures aux "fumeurs noirs" volcaniques. Les températures y sont d'une douceur relative, autour de 40 °C, permettant le développement d'un écosystème dense composé d'escargots, de crustacés et de micro-organismes qui se nourrissent d'hydrocarbures sans la moindre trace d'oxygène.
Un laboratoire pour l'origine de la vie
La pérennité de ce système est vertigineuse : cette machinerie chimique tourne depuis au moins 120 000 ans. La présence de ces molécules carbonées, briques élémentaires du vivant, produites sans aucune photosynthèse, alimente l'hypothèse que la vie a pu naître dans de tels environnements chimiques.
Ce modèle pourrait d'ailleurs s'appliquer au-delà de la Terre, notamment sous les banquises d'Encelade ou d'Europe. Sur notre propre planète, ce site reste un sanctuaire fragile. Bien qu'il ne renferme pas de ressources précieuses, l'activité minière prévue dans les environs pourrait soulever des nuages de sédiments menaçant cet habitat unique. La préservation de ces mécanismes chimiques profonds est désormais un enjeu scientifique majeur.
Références
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Grâce à l’IA, une équipe de chercheurs a découvert six zones inconnues dans les profondeurs de la Terre : d’étranges structures au cœur du manteau terrestre www.journaldugeek.com • 2026-09-14 https://www.journaldugeek.com/2026/09/14/grace-lia-equipe-chercheurs-six-zones-inconnues-profondeurs-terre-detranges-structures-manteau-terrestre/ En s'aidant d'un algorithme, des scientifiques ont trouvé le moyen de sonder ce qui se trame à 2 900 km sous nos pieds. Terra incognita par excellence, cette zone avait encore beaucoup à nous cacher.
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Découverte à 700 mètres de profondeur dans l'Atlantique, ces cheminées pourraient bouleverser les origines de la vie sur Terre www.science-et-vie.com • 2026-09-28 https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/les-oceans/decouverte-a-700-metres-de-profondeur-dans-latlantique-ces-cheminees-pourraient-bouleverser-les-origines-de-la-vie-sur-terre-246416.html Découvrez la cité perdue sous-marine de l'Atlantique, ses tours de calcaire géantes et la vie étrange qui y prospère sans lumière.