Le silence des siècles enfin rompu par le code
Déchiffrer une écriture, ce n'est pas seulement traduire des signes ; c'est ouvrir une fenêtre sur la structure mentale d'une civilisation disparue. Aujourd'hui, nous vivons un basculement de paradigme : là où l'œil humain et la philologie traditionnelle butaient sur des murs de silence, le deep learning et l'imagerie de pointe tracent de nouveaux chemins.
La lecture virtuelle : le miracle d'Herculanum
L'éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C. a laissé un héritage tragique : des milliers de rouleaux de papyrus carbonisés, noirs et extrêmement cassants. Jusqu'ici, tenter de les dérouler physiquement revenait à jouer à la roulette russe avec l'histoire ; le risque de destruction était trop élevé pour de nombreux exemplaires.
Une équipe de chercheurs, incluant des spécialistes de l'Université de Californie à Berkeley et du NIST, vient de franchir un cap décisif. En combinant la tomographie aux rayons X et l'intelligence artificielle, ils parviennent désormais à reconstruire virtuellement les couches du papyrus sans même le toucher. Le défi majeur résidait dans le contraste : le carbone de l'encre et celui du support étant quasi identiques, les lettres restaient invisibles.
La solution est venue d'un détail chimique : la présence de plomb dans certaines encres antiques. Ce métal produit un signal unique aux rayons X. En utilisant la fluorescence X pour repérer ce marqueur, les chercheurs ont pu identifier des caractères qui auraient été autrement perdus à jamais. Ces faux papyrus, créés en laboratoire pour tester l'algorithme, ont prouvé que la technologie pouvait désormais "lire" le texte avant même qu'il ne soit exposé au feu.
La cryptanalyse au service du rongorongo
Le cas de l'île de Pâques est tout aussi fascinant. Le rongorongo, ce système de signes trouves sur des tablettes ou des pectoraux, a longtemps été entouré de mystères. Si une étude au carbone 14 réalisée en 2024 a permis de dater certains objets au XVe siècle - prouvant que ce n'était pas une influence européenne tardive - le sens de ces glyphes reste un verrou.
L'approche change avec l'arrivée des outils statistiques et du deep learning. Les travaux récents montrent que les textes ne sont pas de longs récits, mais des mosaïques de "mini textes", comme des listes de généalogies ou de calendriers. En analysant la structure et la fréquence des signes, les chercheurs s'aperçoivent que le système pourrait être logo-syllabique, cohérent avec le nombre de syllabes du rapanui. Le projet européen Inscribe, basé à l'université de Bologne, travaille actuellement à la numérisation massive de ces inscriptions pour comprendre comment les scribes agençaient leurs signes et où ils commettaient des erreurs rédhibitoires.
Les sceaux de l'Indus : quand la statistique supplante la langue
Ailleurs, dans la vallée de l'Indus, le défi est d'une autre nature. On y a exhumé près de 5000 "textes", souvent très courts (en moyenne cinq signes), gravés sur des sceaux de pierre ou des étiquettes de denrées. Le débat fait rage : s'agit-il de langues dravidiennes ou védiques ?
Faute de document bilingue, la science se tourne vers la morphologie et la statistique pure. On distingue environ 400 signes, suggérant un système logo-syllabique similaire au cunéiforme sumérien. L'intelligence artificielle permet ici de procéder par recoupement et élimination, en analysant la taille des mots et la structure des séquences pour tenter de percer le code de cette civilisation qui a régné il y a près de 4000 ans.
Une nouvelle ère pour l'archéologie numérique
Nous ne sommes plus dans l'ère de la simple lecture, mais dans celle de la reconstruction assistée. Que ce soit par la détection du plomb dans les cendres d'Herculanum ou par l'analyse structurelle des glyphes de Rapa Nui, la technologie agit comme un microscope temporel. L'archéologie ne se contente plus de déterrer des objets ; elle apprend désormais à faire parler les données invisibles que le temps a tenté d'effacer.
Références
-
De l'île de Pâques à la vallée de l'Indus, les secrets des codes anciens www.sciencesetavenir.fr • 2026-09-06 https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/archeologie/ces-codes-anciens-qui-preservent-leurs-secrets_194596 Étrusque, rongorongo, linéaire A… Vieilles de 500 ou de 5000 ans, plusieurs écritures restent illisibles malgré parfois plus d’un siècle de recherches. Mais de nouvelles méthodes pourraient enfin faire parler ces signes muets.
-
Près de 2000 ans après l’éruption du Vésuve, des rouleaux antiques bientôt lisibles www.geo.fr • 2026-09-18 https://www.geo.fr/histoire/des-rouleaux-antiques-ensevelis-par-le-vesuve-bientot-lisibles-233686 Presque 2 000 ans après l’éruption du Vésuve, les papyrus carbonisés d’Herculanum pourraient enfin révéler leurs secrets ! Des chercheurs misent sur une combinaison de rayons X, d’intelligence artificielle et de plomb, présent dans l’encre, pour déchiffrer ces textes antiques san