Les calanques marseillaises : un terrain de science citoyenne contre la pollution
Depuis des années, les déchets abandonnés sur les plages marseillaises ne sont plus seulement une nuisance visuelle, mais aussi un enjeu scientifique et écologique majeur. Entre emballages alimentaires, mégots et échafaudages abandonnés, les littoraux de la région se transforment en laboratoires improvisés où se croisent engagement communautaire, innovation et préservation des écosystèmes marins. À Marseille, c'est l'association MerTerre, fondée en 2005 par Isabelle Poitou, qui a su créer un écosystème où les déchets deviennent des données, et où les jeunes générations apprennent à restaurer ce qu'ils nettoient.
Un ramassage citoyen qui se structure : l'exemple de Calanques Propres en 2026
L'opération Calanques Propres, coordonnée cette année par MerTerre, a mobilisé des centaines de bénévoles et des classes entières, comme celle de CM1 de l'école Pointe-Rouge (8ᵉ arrondissement). En une seule journée (30 avril), les élèves ont ramassé 690 mégots et 17 bouteilles en verre, des chiffres qui, multipliés par les dizaines de ramassages similaires, dessinent une carte précise des zones les plus touchées. Ces déchets, majoritairement des emballages de malbouffe (Snickers, boissons sucrées, cigarettes), révèlent une corrélation troublante : « On ramasse essentiellement ce qui ne nous concerne pas directement, mais dont la consommation a un impact indirect sur la mer », explique Isabelle Poitou.
La clé de cette efficacité réside dans la plateforme collaborative Zéro Déchet Sauvage, créée en 2019 pour cartographier les déchets et influencer les politiques publiques. Grâce à cette outil, les données deviennent des armes : « En 2005, on comptait 10 associations et 50 personnes. Aujourd'hui, c'est 1 200 bénévoles répartis entre 60 organisations », souligne-t-elle. Ces chiffres montrent que la sensibilisation ne suffit pas : il faut aussi multiplier les actions pour que les déchets ne reviennent pas.
De la science participative à la restauration des herbiers de Posidonie
Si les déchets plastiques dominent encore les ramassages, c'est parce que leur persistance dans l'environnement est un problème structurel. Mais à Marseille, on ne se contente pas de les enlever : on les étudie. En collaboration avec des étudiants en écologie marine, MerTerre a lancé un chantier pilote sur un herbier de Posidonie (une espèce protégée) où un échafaudage abandonné a été démantelé. Résultat ? Une centaine de pneus retirés en une semaine, un geste qui a permis de libérer l'espace pour la croissance de la Posidonie.
« La Posidonie, c'est comme un jardin sous-marin : si on lui enlève des obstacles, elle peut se développer plus vite », explique un des étudiants impliqués dans le projet. Les relevés photogrammétriques (technique d'imagerie 3D) utilisés pour évaluer l'état des écosystèmes offrent une précision inédite : « On peut maintenant mesurer l'impact des déchets en temps réel, et ajuster les stratégies de dépollution ».
Des retombées professionnelles pour les jeunes engagés
Ce qui rend ce projet encore plus intéressant, c'est son impact sur les carrières. Les étudiants qui participent à ces chantiers ne sont pas seulement des bénévoles : ils deviennent des acteurs clés de la préservation marine. « Après leur formation, beaucoup rejoignent des aires marines protégées, des bureaux d'études ou des instituts de recherche », précise Isabelle Poitou. À Marseille, des postes comme celui de technicien en écologie marine ou de chargé de projet de dépollution se créent précisément pour ces profils.
C'est une façon de dire : « Si tu veux travailler pour la mer, commence par la nettoyer ». Et ça marche. En 2025, l'association MerTerre a formé une dizaine de jeunes à ces métiers, dont certains sont aujourd'hui recrutés par l'Office français de la biodiversité.
Pourquoi Marseille est un modèle ?
Marseille n'est pas une exception : c'est une ville pionnière dans la fusion entre écologie et innovation. Voici pourquoi son modèle pourrait inspirer d'autres territoires :
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La science au service de l'action : « On ne se contente pas de ramasser, on analyse », souligne Isabelle Poitou. Cette approche permet de prioriser les zones les plus polluées et de cibler les déchets les plus dangereux (comme les échafaudages, qui étouffent les herbiers de Posidonie).
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L'engagement des jeunes : « Les enfants apprennent en agissant », insiste Pierre Meyze, le professeur des écoles qui a coordonné le ramassage avec sa classe. Ces initiatives donnent envie aux ados de s'investir dans des métiers verts, souvent sous-estimés.
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Les partenariats publics-privés : Grâce à des fonds de l'Office français de la biodiversité et de fondations, les projets comme celui des étudiants en écologie marine sont financés et structurés. Sans eux, ces actions seraient bien plus fragiles.
Et demain ? Vers une marine propre et professionnelle
Si Marseille prouve que la dépollution peut être à la fois citoyenne, scientifique et professionnelle, il reste un défi : scaler ces modèles. « On ne peut pas continuer à nettoyer les mêmes zones à la même vitesse », avertit Isabelle Poitou. Il faut :
- Renforcer les fonds publics pour financer davantage de chantiers école.
- Former plus de jeunes aux métiers de l'écologie marine, avec des salaires attractifs.
- Améliorer les outils de cartographie pour anticiper les déchets avant qu'ils ne polluent.
Le message est clair : la préservation des écosystèmes marins ne peut pas attendre. Et si les déchets des calanques marseillaises deviennent un symbole, ce sera parce qu'on a su en faire bien plus qu'un ramassage... mais un laboratoire vivant où la science, la citoyenneté et l'avenir se rencontrent.
En résumé : À Marseille, les déchets ne sont plus des déchets. Ils sont des données, des opportunités, et des ponts vers un futur où les jeunes générations ne voient plus la mer comme une menace, mais comme un terrain de jeu - et de travail - pour la protéger.
Références
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Cartographie des déchets des calanques marseillaises mesinfos.fr https://mesinfos.fr/13000-marseille/pollution-a-marseille-merterre-cartographie-les-dechets-des-calanques-245680.html Projet de dépollution mené par MerTerre et des élèves marseillais pour analyser les déchets abandonnés dans les calanques, via des opérations de ramassage et une plateforme collaborative (Zéro Déchet Sauvage).
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Nettoyage échafaudage et déchets au littoral marseillais www.youtube.com https://www.youtube.com/watch?v=ot-vj1-LYww Projet de dépollution d'un échafaudage abandonné et de déchets (comme des pneus) sur un herbier de Posidonie à Marseille, financé par des fonds publics et des étudiants en écologie marine.