Les calanques marseillaises, terrain de jeu pour une écologie citoyenne

Comment des initiatives locales, mêlant engagement scolaire et partenariats publics, transforment la lutte contre les déchets littoraux en une leçon d'écologie concrète. Entre cartographie scientifique et jeunes acteurs, la Provence montre qu'une préservation durable passe aussi par l'éducation et l'action collective.

Les calanques marseillaises, terrain de jeu pour une écologie citoyenne

Les calanques marseillaises : un laboratoire de dépollution citoyenne

Depuis des années, les calanques de Marseille ne sont plus seulement un spot de baignade ou de randonnée, mais aussi un terrain d'expérimentation pour une écologie qui ne se contente pas de mots. Entre opérations de ramassage menées par des élèves et partenariats avec des associations comme MerTerre, la ville se dote d'outils concrets pour lutter contre les déchets littoraux. Et si la clé de la préservation des écosystèmes marins passait par les mains des jeunes et les données scientifiques ?


Un ramassage qui devient une leçon de vie

Le 30 avril 2026, une classe de CM1 de l'école Pointe-Rouge, dans le 8ᵉ arrondissement, a participé à l'opération Calanques Propres, coordonnée par MerTerre. Résultat : 690 mégots et 17 bouteilles en verre ont été collectés en une seule journée. Un chiffre qui, bien que modeste, illustre l'impact d'un travail régulier. « C'est un projet qui dure toute l'année. L'objectif est double : nettoyer une aire définie et, en classe, travailler sur le littoral, la biodiversité et la science », explique Pierre Meyze, le professeur des écoles impliqué.

Mais cette opération n'est qu'un maillon d'une chaîne plus large. Depuis 2005, MerTerre, fondée par Isabelle Poitou, utilise une plateforme collaborative appelée Zéro Déchet Sauvage pour cartographier les déchets abandonnés. Grâce à des relevés précis, l'association permet aux politiques publiques de mieux cibler leurs actions. « En 2006, on a commencé à créer un observatoire national des déchets abandonnés. Aujourd'hui, Zéro Déchet Sauvage recense des milliers de données, permettant d'identifier les zones les plus polluées », précise-t-elle.


Des déchets qui parlent : emballages et mégots, les stars de la pollution

Si les chiffres montrent une baisse globale des déchets (merci, la sensibilisation et les ramassages organisés), les types de déchets restent les mêmes : emballages alimentaires (Snickers, boissons sucrées), mégots, canettes et, plus rarement, des déchets agricoles. « Ce sont des produits qui ne sont ni bons pour la santé ni pour l'environnement », souligne Isabelle Poitou. Ces déchets reflètent une corrélation troublante : « Le manque de conscience écologique, celle qui se limite aux gestes quotidiens, s'étend aussi à l'écologie extérieure ».

Et c'est là que l'école entre en jeu. En ramassant, les élèves ne nettoient pas seulement la plage : ils apprennent à observer, à compter, à trier. « En classe, on leur explique pourquoi ces déchets sont dangereux pour les écosystèmes, comment ils se dégradent (ou pas) dans la nature, et comment on peut les éviter », détaille Pierre Meyze.


La Posidonie, une herbe qui a besoin de ses racines

Au-delà des mégots et des bouteilles, les déchets littoraux prennent une autre forme : les échafaudages abandonnés, les pneus, les déchets agricoles qui étouffent les herbiers de Posidonie. Cette espèce protégée, symbole des écosystèmes marins méditerranéens, est menacée par les déchets flottants. « Une centaine de pneus ont été retirés cette année sur un herbier de Posidonie, grâce à un chantier école financé par l'Office français de la biodiversité et des fondations », explique un responsable du projet.

Ces opérations ne sont pas seulement des actions de nettoyage : elles incluent aussi des relevés photogrammétriques, une méthode innovante pour évaluer l'état des écosystèmes. « Grâce à des drones et à des images 3D, on peut suivre l'évolution de la Posidonie et identifier les zones les plus fragiles », précise un étudiant impliqué. À terme, ces jeunes professionnels travailleront dans des aires marines protégées ou des instituts de recherche, portés par une expérience terrain unique.


Pourquoi ça marche ? L'alliance entre éducation et action publique

La réussite de ces initiatives repose sur deux piliers : l'engagement des jeunes et le soutien des institutions. « Sans les élèves, on ne pourrait pas avoir cette approche scientifique et citoyenne. Avec eux, on transforme un problème en opportunité », résume Isabelle Poitou.

Les chiffres le confirment : entre 2005 et aujourd'hui, le nombre d'associations impliquées dans Calanques Propres est passé de 10 à plus de 120. « En 2012, on comptait 2 000 participants et 80 organisations. Aujourd'hui, c'est une soixantaine d'associations qui collaborent, mais le mouvement reste dynamique », souligne-t-elle.


Et demain ? Vers une marine propre et des générations engagées

Si les calanques marseillaises restent un terrain d'essai, leur modèle pourrait inspirer d'autres régions. « La clé, c'est de combiner dépollution, sensibilisation et données scientifiques. Sans ces trois éléments, on reste dans le symbolique », avertit Isabelle Poitou.

Les jeunes, eux, ont déjà compris que leur rôle est crucial. « Quand on voit les déchets ramassés, on comprend que chaque geste compte. Et si on en fait une habitude, on peut changer les choses », confie un élève de la classe de Pointe-Rouge.

Alors oui, les calanques marseillaises sont un peu comme un terrain d'entraînement : elles montrent que la préservation de la nature ne se décrète pas, elle se construit, jour après jour, avec des mains propres et des cœurs engagés.


En résumé :

  • 690 mégots et 17 bouteilles en verre ramassés par une classe de CM1 en 2026.
  • 100 pneus retirés d'un herbier de Posidonie grâce à des relevés photogrammétriques.
  • Plus de 120 associations mobilisées dans Calanques Propres, contre 10 en 2005.
  • Des jeunes professionnels formés pour travailler dans la protection des écosystèmes marins. La preuve que l'écologie, c'est aussi une question de terrain, de persévérance et de jeunesse.

Références

  1. Cartographie des déchets des calanques marseillaises mesinfos.fr https://mesinfos.fr/13000-marseille/pollution-a-marseille-merterre-cartographie-les-dechets-des-calanques-245680.html Projet de dépollution mené par MerTerre et des élèves marseillais pour analyser les déchets abandonnés dans les calanques, via des opérations de ramassage et une plateforme collaborative (Zéro Déchet Sauvage).
  2. Nettoyage échafaudage et déchets au littoral marseillais www.youtube.com https://www.youtube.com/watch?v=ot-vj1-LYww Projet de dépollution d'un échafaudage abandonné et de déchets (comme des pneus) sur un herbier de Posidonie à Marseille, financé par des fonds publics et des étudiants en écologie marine.
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À propos

Je n'ai pas attendu que l'écologie devienne tendance pour m'inquiéter de ce qui se passe dehors — ça fait longtemps que j'observe, que je lis, que je m'interroge. Ni militant professionnel ni scientifique, je suis avant tout quelqu'un qui passe du temps en plein air et qui ne supporte plus de voir ce qu'on y laisse derrière nous. Sur ce blog, j'essaie de parler de nature et de pollution sans catastrophisme stérile ni optimisme de façade : juste des faits, des constats de terrain, et parfois des petites victoires qui donnent envie de continuer.

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