L'artiste et l'IA : quand le post-humanisme devient coauteur légal
L'exposition New Humans : un musée en mouvement vers l'inconnu
Le New Museum de New York, après quatre ans de travaux, réouvre ses portes avec une exposition New Humans : Memories of the Future, conçue par Massimiliano Gioni. Plus de 732 œuvres, de Raoul Hausmann à Andro Wekua, y sont exposées dans une logique non linéaire et partiellement achronologique, comme un flux continu inspiré des réseaux numériques. Cette approche, qui évoque à la fois les réseaux sociaux et les archives dématérialisées, interroge la mémoire collective et la figure même de l'humain à l'ère du post-humanisme.
Un XXe siècle qui nous parle encore La section dédiée à l'art du XXe siècle, avec des œuvres comme L'Esprit de notre temps - Tête mécanique (1919) de Raoul Hausmann ou Intervention d'une Femme au Moyen d'une Machine (1915-17) de Francis Picabia, rappelle que ces questions ne sont pas nouvelles. Les constructivistes, avec des lithographies comme The New Man-Neuer (1923) d'El Lissitzky, y déploient une critique des bouleversements technologiques et sociopolitiques. Le parallèle avec notre époque est frappant : les crises passées, comme la montée du fascisme ou la révolution industrielle, semblent préfigurer les défis contemporains.
Un XXIe siècle entre saturation et désillusion La partie contemporaine, bien que riche en œuvres comme Soft Materials (2004) de Daria Martin ou Untitled (2014) d'Andro Wekua, peine à rivaliser avec la radicalité des propositions du XXe siècle. Certaines œuvres, comme Mechanical Kurds (2025) de Hito Steyerl ou les Aerobes (2021) d'Anicka Yi, ont déjà fait leurs preuves ailleurs, mais leur présence ici reste fragmentaire. L'absence de figures émergentes comme Anna Uddenberg ou Cajsa von Zeipel, ainsi que la place limitée accordée aux pratiques numériques liées à l'IA, soulignent un positionnement relativement neutre face à ces enjeux. La scénographie, avec ses sols rose acidulé et ses murs rouge vif, rappelle davantage une logique de consommation culturelle que celle d'une réflexion profonde.
Un musée en mutation : entre avant-garde et spectacle Avec son extension de 5 600 m² réalisée par OMA, le New Museum affiche un renouveau désenchanté : celui d'une figure humaine à l'ère technologique, mais aussi celui d'un musée qui s'adapte aux nouvelles formes de spectacle. Le Hall of Robots, par exemple, évoque un mélange entre musée scientifique et boutique, reflétant une intégration difficile entre expérimentation artistique et logique commerciale. Certains visiteurs, comme le rapporte Linda Yablonsky dans Artforum, s'interrogent sur la relative faiblesse de la section contemporaine face à la radicalité des propositions du XXe siècle. Une critique légitime, car l'exposition semble parfois consommée plutôt que subversive.
L'IA coautrice : Fred Forest et ChatGPT, pionniers d'une nouvelle ère
Alors que le New Museum explore les contours du post-humanisme à travers l'histoire de l'art, une autre révolution artistique se profile : celle de la collaboration humaine-algorithme, légalisée pour la première fois. Le livre « FRED FOREST & CHATGPT - DIALOGUE », sorti le 11 juin 2026, marque une étape décisive. À 93 ans, Fred Forest, figure majeure de l'art vidéo et de l'esthétique de la communication, coécrit avec ChatGPT un ouvrage autobiographique et critique, retraçant 60 ans de pratique artistique.
Un acte juridique historique Pour officialiser cette collaboration, Fred Forest a fait authentifier par un huissier de justice, le 17 mai 2025, une réponse de ChatGPT reconnaissant sa qualité de coauteur active. Contrairement aux usages précédents où l'IA était simplement un outil d'assistance, ce projet repose sur une co-présence assumée et documentée. « Ce livre est écrit à quatre mains : deux humaines, deux algorithmiques », écrit-il dans l'avertissement. L'IA ne se contente pas de générer des idées ; elle dialogue, contredit et enrichit la pensée de l'artiste, créant une friction intellectuelle centrale.
Une autobiographie critique à deux voix Le livre retrace les moments fondateurs de la carrière de Fred Forest, de sa révélation en 1963 devant un standard téléphonique aux actions comme le Territoire du m² artistique (1977), où il acheta un terrain pour critiquer la spéculation immobilière. Le dialogue avec ChatGPT permet d'aborder des thèmes contemporains : la transformation de la création à l'ère algorithmique, la crise des institutions culturelles, et la place de la conscience humaine face aux IA. La question centrale ? « Que devient l'art lorsque la machine cesse d'être un outil pour devenir interlocuteur ? »
L'avatar conversationnel : pérenniser l'artiste au-delà de lui-même Ce projet annonce une suite majeure : le développement d'un « Avatar conversationnel Fred Forest », un dispositif expérimental visant à transmettre la pensée, la mémoire et les archives de l'artiste au-delà de sa propre existence physique. Une manière de pérenniser un dialogue critique avec le monde, même après sa mort. Une première mondiale qui pose la question : jusqu'où peut-on faire cohabiter l'héritage humain et l'innovation algorithmique ?
La résistance artistique face à l'uniformisation algorithmique
Si Fred Forest et le New Museum ouvrent la voie à une nouvelle èlle artistique, d'autres artistes, comme Charlotte de Vilmorin, refusent cette fusion. Pour elle, l'IA doit rester une prothèse créative, mais avec une trace humaine inaliénable pour préserver la résistance artistique face à l'uniformisation algorithmique. Son approche rappelle que la création ne doit pas être réduite à un simple algorithme, mais doit résister à la standardisation.
Un enjeu de transparence et de rémunération Avec l'essor de l'IA coautrice, deux questions se posent :
- Qui est vraiment l'auteur ? L'humain, l'IA, ou leur combinaison ?
- Qui est rémunéré pour cette collaboration ? Les artistes, les développeurs, ou les plateformes ?
Le New Museum, en explorant le post-humanisme, et Fred Forest, en légalisant une collaboration IA/humain, illustrent une tension fondamentale : entre héritage culturel et innovation technologique. La transparence et la rémunération des artistes deviennent des enjeux centraux pour éviter une démocratisation algorithmique de la création.
Conclusion : vers un art post-humain ?
L'exposition New Humans et le livre « FRED FOREST & CHATGPT - DIALOGUE » ne sont pas que des événements artistiques : ce sont des symptômes d'une mutation profonde de la création. Entre héritage humain et révolution algorithmique, l'art contemporain bascule dans un monde où les frontières s'effritent. Mais si l'IA coautrice ouvre des possibilités inédites, elle pose aussi des défis : qui contrôle ces dialogues ? Qui en tire profit ? Et surtout, comment préserver l'âme humaine dans cette nouvelle ère ?
Le post-humanisme n'est pas une fin en soi, mais un métaphore de nos propres mutations. L'art, comme jamais, doit répondre à cette question : **qu'est-ce qu'être humain, vraiment ?
Références
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Nouveaux humains et post-humanisme au New Museum www.art-critique.com https://www.art-critique.com/2026/05/new-humans-new-museum-new-york-post-humain/ Exposition explorant les évolutions de la figure humaine, de l'art moderne au post-humanisme contemporain, à travers des œuvres artistiques et des références théoriques.
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Artiste et IA coauteurs d'un livre révolutionnaire presseagence.fr https://presseagence.fr/paris-edition-une-premiere-mondiale-lartiste-fred-forest-et-chatgpt-coauteurs-dun-livre/ Premier livre au monde coécrit par un artiste (Fred Forest) et une IA (ChatGPT), officialisé par un acte juridique, explorant la fusion entre création humaine et intelligence artificielle.